Lise Sarrou

Peintre Plasticienne

De la vie tranquille à la vie intérieure

« On dit que les objets « prennent la lumière ». Ce n’est pas un trait d’égoïsme. Ils la rendent sous des formes plus ou moins attendues. Ils ne la capturent pas, ils la captent. Ils l’utilisent mais ne la jettent pas après usage : ils la restituent. Ils se métamorphosent, révélant toutes leurs possibilités secrètes mais ils restent eux-mêmes. Si l’on prend le temps de l’observer, un objet ne ressemble à aucun autre. Il est à la fois forme changeante et matière. C’est encore plus vrai des objets naturels que des artefacts. Si on l’examine avec une attention soutenue, il finit par prendre le dessus sur celui qui l’observe. A quoi bon le « représenter » ? Il se présente, seul, vivant de sa propre vie. La toile devient inutile. Il ne s’agit plus de lui redonner vie mais de saisir sans l’emprisonner le mouvement vital qui l’a fait naître et l’a conduit jusqu’à cette rencontre avec un œil humain, qui le scrute jusqu’à pénétrer dans ses fibres, ses coulures, son passé et son présent pour construire avec lui avenir commun qui fait de l’observateur un artiste et de la chose un objet d’art. Il y a, au cœur de l’objet aussi, une volonté de puissance, mais elle ne s’exerce pas, contrairement à ce qui se produit chez les humains, au détriment d’autres humains. Même les cataclysmes qui se produisent au cœur de l’objet demeurent silencieux. »
Voici ce que ressent Didier, mon mari, devant ma peinture. Il a fait ce texte sans me consulter. J’y adhère totalement.

Pour le reste, s’il faut des repères concrets, je suis partie de la nature morte, que je préfère désigner par l’expression anglaise « still life » ou par l’expression allemande « stillleben » – les deux signifiant « vie tranquille » – et plus particulièrement de deux peintres, Chardin bien sûr, l’incontournable, et Morandi. J’ai de plus en plus travaillé dans deux directions : l’intégration d’objets, roturiers par nature, banals mais dans lesquels j’essayais de faire sentir le passage du temps ; d’autre part, à partir de formes très simples et de mises en scène minimales – des alignements, des superpositions, des suspensions, des mises en perspective avec des alternances d’ombre et de lumière, de pleins et de vides… – j’en suis venue à rechercher des effets de trompe-l’œil. Pas de couleurs vives, une atmosphère proche de la réalité mais dans un moment suspendu. Depuis deux ans, j’ai intégré des graphismes, des écritures plus ou moins adaptées, dont la plupart n’ont aucune signification. Dans les expositions, je ne présente pas une étape en particulier mais des périodes successives de mon travail depuis cinq ans.

Lise Sarrou

Parcours artistique

La lumière

Le support

Les assemblages

Les ardoises